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Jean-Paul m’a ressorti cet album d’une pile de disque que j’avais dû lui revendre il y a quelques années. Je le lui avais déjà acheté une première fois, plusieurs années de cela. Un disque, ça vient, ça repart, ça revient. Ça se forge sa propre actualité en vous : c’est un peu cela, la musique, son charme, ses souvenirs, ses fantômes, ses façons de Proust. Sait-on jamais où va un disque lorsqu’il vous quitte ? Certains, malgré la séparation ou la rupture, restent vous hanter. Rarement, certains, aussi, reviennent. Plus rarement encore, le retour est bénéfique : celui de Pauline Oliveros l’est pleinement. Sans doute parce que je n’avais pas mesuré l’utopie qu’elle était, la première fois, que je ne l’avais pas réellement entendue, écoutée. Une utopie ? Oui, celle d’une femme, versant américaine lesbienne en contrepoint à Eliane Radigue, naviguant dans un champ d’écoute longue, mesuré à coups d’un instrument négligeable, l’accordéon. Pourtant, ce dernier n’est rien d’autre qu’un orgue - en moins sexy, moins mystérieux, plus métro. Ici, Pauline Oliveros en deux faces, et malgré la pochette le plaçant au centre, fait oublier l’objet - au profit de l’écoute. Comme chez Radigue, ce qui importe c’est l’attention donnée, le temps accordé - peut-être importe que ce temps soit approfondi ou d’une concentration extrême le long de la durée du disque. Ce qui importe c’est la plongée en un point, à un moment - celui-où le cerveau vrille, se renverse, se bouleverse, via la seule écoute et ses changements imperceptibles. Chez Oliveros, il y a aussi un geste, une forme de performance assurée, un maelström lent de mouvements en suspension mais qui, tout de même, descendent loin. Ici, deux compositions longues égrènent une pastorale américaine brûlée, deux massifs sonores qui exaltent quelque chose aux confins du minimalisme - cette femme joue avec un semblant de joie, une quête de l’extase qui ne dit jamais son nom, ni l’abandon derrière le sérieux. Regardez la pochette : c’est assez drôle, non ? A sa place, j’aurais tenté un chat, mais qui suis-je pour préférer un animal à un autre ? #paulineoliveros #accordionandvoice #lovelymusic #vinyl #drone #minimalism #deeplistening
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